Extraits d'œuvres et regards critiques
Les féeries profanes - Extraits et critiques
Cette page propose quelques extraits de mes recueils accompagnés de regards critiques parus dans différentes revues littéraires.
Hymne à la Terre-Mère
Par l’astre qui t’ensemence et gouverne ton cours
Par le feu de la dévotion avec lequel il s’immole
Par la source qui frémit depuis ton premier jour
Par l’eau qui pénètre tous les corps et tous les sols
Par les semences et les racines qui te parcourent
Par les braises qui éclatent en chacun de tes pôles
Par les os de nos morts dont tu restes le séjour
Par l’homme qui passe à travers tes forêts de symboles
Par toutes créatures naissantes, par celles qui expirent
Par les lettres brûlantes dont est tissé ton nom
Par l’aile dont se dépouille l’oiseau pour ne jamais te fuir
Par la barque où repose le corps nu des saisons
Terre-Mère que tu restes source de toute germination
Quand l’homme ingrat aura étendu sur toi tout son empire
Quand il aura ôté de ta peau tous fleuves toutes alluvions
Quand il n’y aura plus un saint pour présider à tes moissons
Plus une déesse pour de ton œuvre porter le souvenir
Nous serons alors semblables à celui qui vint au premier jour
Pour nous dire qu’il ne restera plus que ce ciel où l’infini se mire
Et rien que nos larmes pour nourrir nos dernières plantations
Julien Miavril, Les féeries profanes (Éditions Stellamaris, 2019)
Le titre de ce recueil fait écho à l’expression « féeries profanes » employée par Rimbaud dans son poème Mauvais sang (Une Saison en enfer). La poésie de Julien Miavril a en commun avec celle du célèbre poète maudit d’être d’une extrême intensité, elle remue, secoue, bouleverse les repères de l’ordre établi.
Rimbaud : « Le poète se rend voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » (Lettre à Paul Demeny dite Lettre du Voyant).
Le poète Julien Miavril annonce dès le début de son recueil, Les féeries profanes, être porté par une quête d’absolu qui côtoie les rivages de l’inaccessible : « J’ai depuis longtemps cessé de chercher ce qui se trouve sans peine ». Cette quête du Graal est menée essentiellement par l’intermédiaire de la poésie que l’auteur considère comme « un éternel feu nourricier ».
Le rapport entre le poète et le verbe revêt ici un caractère sacré : « Tisse ton poème dans la même étoffe que celle des astres… Qu’ainsi sa chair soit seulement faite de lumière… Et que son sang irrigue le cœur d’une nébuleuse ».
Dans son cheminement artistique, l’auteur est parfois empli d’une joie lumineuse : « Que par cette féerie profane notre joie éternellement demeure », mais il traverse aussi des phases difficiles, marquées parfois par un sentiment de révolte qui n’est pas sans rappeler Rimbaud. On lit notamment : « J’écris en militant mystique comme d’autres descendent dans la rue ». La douleur et la souffrance irradient des mots sublimes : « Je me cherche parmi les ruines que le présent délaisse… Et suis semblable à l’oiseau qui confie son chant à l’orage ». Et pourtant la vie germe et jaillit de toutes parts : « Ne me reste que la graine dérobée dans la céleste meule… Ma bouche s’embrase, y germe une étoile ».
Il y a, dans le poème Exode, une tentation de fuir le monde dans lequel le poète a parfois du mal à trouver sa place : « Prends part au festin que préside le dernier des poètes. Car ta dynastie ne connaîtra de royauté que dans l’exode ». Mais il se pose en homme libre : « Je ne suis ni de ceux qui gouvernent ni de ceux qui se laissent gouverner. J’aime mon prochain comme moi-même mais je suis à moi-même un étranger lointain ».
S’ensuit un voyage sublime dans un univers d’ombre et de lumière, de vie et de mort, de paix et de guerre au moins sur le plan symbolique, le tout étant un reflet magnifique de la condition humaine, de la dualité que nous portons tous au fond de nous.
En trame de fond de tout le recueil, on perçoit sous l’armure des mots une conception très idéaliste de l’amour, l’amour sous toutes ses formes, l’universel, l’éphémère, l’immortel. En somme, un livre dont on sort remué, marqué au fer rouge mais tellement enrichi ! Une pépite de braise et de lumière.
Parme Ceriset, La cause littéraire
Feu nu des profondeurs - extrait et critique
Je ne veux plus que tu panses mes pieds blessés
Où le sang chaud se mêle à la poussière de l'exil
Je souhaite seulement que mon chemin s'allège
Et que là où ton ombre étend son règne, il s'achève
Demain, je sais que nous mourrons ensemble
Avant de ressusciter, vibrants, au cœur de l'aube
Le soleil, ému, nous suppliera alors de lui révéler notre secret
Et sans nous être concertés, nous lui répondrons d'un mot :
"L'amour !"
Julien Miavril, Feu nu des profondeurs (2019)
Je partage ici la lumineuse note de lecture de Nicolas Saeys parue dans le numéro 37 de la revue "Rose des temps" au sujet de mon recueil, "Feu nu des profondeurs", publié en novembre de l'année dernière aux éditions du Pont de l'Europe.
"Julien Miavril favorise le vers libre, insufflant une dynamique musicale engendrant des profusions lyriques, plages d'onirisme, avec parfois un aspect charnel, ténébreux, érotique, malgré la présence de quatrains, l'apparence d'un sonnet ("Voyage de l'Albatros" p21), et des essais spontanés ("Libre Quintil p118). Le mysticisme lié à la mythologie antique caractérise l'ouvrage, que traversent les genres épique et tragique, dans une alchimie des évocations et des représentations. Le "sang", comme le "feu", représente un élément primordial, originel à la puissance démiurgique. Cette perception ovidienne nous ramène au chaos parmi des faits revisitant le destin ordonné du Monde, via des références à Baudelaire ("A une passante", p51), Antonin Artaud ou Isidore Ducasse. L’ambiguïté de la muse traditionnelle est adaptée au décor contemporain : "Les oiseaux s'embrasent sur ton brûlant macadam" (Napoli, p 30), reflet transcendant de la brutalité d'un dérèglement comportemental et événementiel. La poésie, ici, est censée dévoiler un tout, y compris dans sa confusion latente, le dire ayant un rôle de vérité par rapport à la réalité et la nature des choses. La "sœur très pure" s'érige en foi désincarnée, dont le sort du Beau dépend, personnifiant matériellement la Terre, la modernisation désacralisant la divinité ("Prince du harem", p62) et l'inspiration : "muses portatives" ("Trou noir", p37), l'idéalisation faisant place à la lucidité ("Dignité", p38). Le destin interroge donc la condition ("Lieu capital", p45), à travers des élévations cosmogoniques, au centre d'un cycle naturel : Homme et femme ne rejouent-ils pas le drame de l'originel chaos? ("Prière pour jouir comme au premier jour de la création, p58), jusqu'à l'iconoclastie : "Un Christ-idiot idéalisant sur sa croix ce qu'il porte de malheur ("A mes sœurs", p74), où le langage poétique a un rôle salvateur, expurgatoire, cathartique : "verbe-amulette" ("Justice", p 88). La volonté de l'Homme, tiraillée entre négation et positivité, par l'abus moral, augure toutefois un avenir moins clément que juste. En soi, un recueil inédit, qui vaut autant pour son regard illuminé que l'originalité de son propre univers.
L’œuvre de la plasticienne Chantal Delclos croise l'humanisation des courbes avec un bestiaire familier, symbolique, expressif. Le mélange formel est signifiant, l’atmosphère dense, pesante. Chaque pose est présentée dans l'espace quotidien, dont la peinture se veut la mémoire vivante, une nostalgie distanciée du présent."
Chants de pouvoir - Retour de lecture
Chants de pouvoir : entre poésie et ésotérisme
Mes impressions sur le livre « Chants de pouvoir » de Julien Miavril et Gulliver l’aventurière (aux éditions Danaé) que j’ai lu avec grand plaisir ce jour :
Un très bel objet livre, lui-même servant d’écrin à un contenu poétique flamboyant, scintillant d’ombre et de lumière. L’union de deux talents, le poète et la dessinatrice, est un pari réussi. L’univers qui en résulte est un élixir savoureux et envoûtant, une potion magique teintée d’ésotérisme et de mythes anciens, une invitation mystique à célébrer la vie et à reconnaître le pouvoir de la nature, de toutes les formes de vie composant le spectre du vivant.
Cet ouvrage se situe à la frontière entre poésie et sorcellerie, entre spiritualité et chamanisme, et pourra séduire des publics assez divers.
Quelles que soient les croyances de chacune, de chacun, le lecteur y verra avant tout une ode à la beauté, une source d’émerveillement.
Chroniques de Parme Ceriset, poétesse sociétaire de la société des poètes français
Les insurgés stellaires - Résumé et retour de lecture
Résumé :
Les insurgés stellaires relate l’épopée initiatique d’Adam. À la suite de la rencontre avec Leylâ, qui n’est autre que la mythique Lilith, il s’embarque dans un voyage intime qui lui fera découvrir sa vérité intérieure. Il aura, à cette fin, à se défaire de ses certitudes et de ses illusions pour atteindre un certain degré de perfection tel un alchimiste qui raffine la matière brute de ses actes et pensées. Chaque rencontre sera pour lui l’occasion de franchir un seuil initiatique afin de conquérir sa propre vérité. Son dégoût originel du genre humain se transmutera ainsi en amour inconditionnel sous l’effet de la passion pour Leylâ qui incarne le Graal érotique et mystique qu’il cherche à atteindre depuis toujours.
"J'ai adoré ce magnifique ouvrage qui est l'un des trésors d'authenticité et de Poésie sur lesquels il est rare de tomber. C'est un récit initiatique qui touchera profondément ceux qui sont prêts à recevoir son message, un Souffle d'oxygène pur dans le monde pollué dans lequel nous vivons. C'est l'un des livres que j'aurai grand plaisir à faire découvrir à mon propre enfant afin de favoriser son éveil spirituel. Félicitations à Julien Miavril pour cette parution qui honore la littérature contemporaine en étant à contre-courant de ses tendances, des modes, pour aller à l'essentiel en s'aventurant avec maîtrise parmi les facettes ambiguës et magiques de la vie, sans oublier de dépeindre l'envers de la vie, cette mort dans laquelle la société est plongée.
Le feu de la conscience poétique dont fait preuve l'auteur est une étoile incandescente dans la nuit de l'humanité."
Marine Rose, poétesse sociétaire de la société des poètes français
